Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Patrick Moreau : Collège Ahuntsic
Les pays anglo-saxons, dont le Canada, aiment se présenter comme des modèles de tolérance, de respect des droits individuels et d’ouverture. Mais ce libéralisme qui y est en effet la norme cède parfois le pas à des accès paradoxaux d’intolérance (dont le Québec bashing offre un exemple), voire à des mesures répressives qui entrent frontalement en contradiction avec leur caractère libéral. Pour expliquer un tel paradoxe, il convient de remonter dans l’histoire jusqu’aux origines du libéralisme anglais, jusqu’à cette période de la Réforme, de la Guerre civile et de la Glorious Revolution qui lui tient lieu de matrice. C’est à ce moment-là que prend forme une grande tolérance à l’égard de certaines dissidences (essentiellement religieuses), en même temps qu’un rejet virulent de l’altérité, qui vise quant à lui le catholicisme et l’absolutisme monarchique. C’est ce double standard que l’on voit à l’œuvre, entre autres, dans ce débat sur la laïcité qui oppose l’opinion publique majoritaire au Québec et celle du reste du Canada.
Lors de l’élection fédérale de 2021, plusieurs politiciens et commentateurs de la scène politique fédérale et québécoise ont dénoncé l’attitude jugée méprisante de Shashi Kurl, modératrice du débat en langue anglaise. Mme Kurl, dont il y a tout lieu de penser qu’elle était autorisée en ce sens par les organisateurs de l’événement (le consortium des médias de langue anglaise), avait suggéré lors de la toute première question posée au chef bloquiste Yves-François Blanchet, non seulement qu’il existe du « racisme systémique » au Québec, mais que certaines initiatives législatives, dont le projet de loi no 21 sur la laïcité du Québec et le projet de loi no 96 sur la langue française, en représentent d’évidentes manifestations. Il s’agissait là d’une sorte de copié-collé d’un événement en tout point similaire s’étant produit lors d’un même débat en langue anglaise à l’élection précédente de 2019, alors que l’animatrice Althia Raj avait reproché au chef néodémocrate Jagmeet Singh de ne pas avoir eu le « courage » d’affronter le projet de loi no 21 qu’elle présentait comme étant manifestement discriminatoire. Si d’aucuns commentateurs et politiciens n’ont pas hésité à décrire ces questions comme du Québec bashing, d’autres ont rappelé qu’il est parfaitement légitime de critiquer des politiques publiques québécoises, de les décrire comme étant discriminatoires, sans avoir à subir un procès quant à la pureté de ses intentions.
Si les historiographies acadienne et québécoise ont été appelées à souligner les manifestations récurrentes de francophobie en contexte canadien, le concept de Québec bashing, ou celui moins usité d’« Acadie bashing », a été relativement peu mobilisé par les travaux universitaires. C’est à combler cette lacune que sera consacré ce colloque.