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Iris Fabry : Université Grenoble Alpes
Notre communication présentera une étude sur les phraséologismes autour des verbes dire et écrire dans le corpus numérique PhraséoCorr. Ce corpus a pour objectif de constituer un ensemble représentatif du sous-genre épistolaire de la lettre familière sur un temps long (du XVIIe au XXe siècle). Il comprend environ 3 600 000 mots et sera interrogeable sur le Lexicoscope, outil d'exploration de corpus dédié à l’extraction des séquences phraséologiques basé sur des corpus syntaxiquement arborés.
La correspondance représente un domaine particulier de l’interaction verbale en tant que ce genre textuel tente de reconstruire, à l’écrit, les conditions du dialogue malgré la distance et une temporalité différée interlocuteur. Comparer les emplois de ces verbes entre eux permettra, entre autres, de mettre en exergue cette singularité.
Au regard d’un sous-corpus de 388 600 mots établi dans le cadre d’une préétude, dire et écrire se placent respectivement 36e et 65e en tant que vocables les plus fréquents sur un total de 3 021. Parmi les 1 000 cooccurrences les plus fréquentes et recevant un score à la mesure d’association supérieur à 3.2 PMI, nous en retrouvons 8 pour chaque verbe dont 1 semblable : dire/écrire + mot. Corpus en main, nous exposerons les variations lexicosyntaxiques et fonctionnelles particulières à chacun de ces lemmes ainsi que les aspects sur l’évolution linguistique et sociétale que l’originalité d’une perspective en diachronie longue permet de faire émerger.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :