Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Etienne-Marie Lassi : University of Manitoba
Cette communication s’intéresse à la mise en récit des expériences citadines des femmes dans le roman en s’appuyant sur Si d’aimer… de Hemley Boum et Samantha à Kinshasa de Marie Louise Mumbu. Partant de l’hypothèse qu’il serait réducteur d’envisager les œuvres des auteures africaines uniquement sous le prisme de l’engagement sociopolitique en vertu duquel un petit nombre de privilégiées qui savent écrire prennent la défense de la majorité silencieuse, elle montre que certaines écrivaines africaines nourrissent des ambitions personnelles, artistiques ou commerciales. Ces auteures se laissent alors tenter par diverses expériences littéraires ou éditoriales parmi lesquelles figure, en bonne place, l’inscription dans leurs œuvres de structures provenant des genres populaires ou de la paralittérature comme le roman policier ou la science-fiction par exemple. L’objectif de notre communication est de montrer que le travail déployé pour inscrire le quotidien urbain des femmes dans la fiction donne aux romans qui en résultent des caractéristiques qui les rapprochent du sous-genre de roman urbain populaire que la critique anglo-saxonne désignait jusqu'à récemment encore par les vocables de chick lit.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.
Titre du colloque :