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L'appropriation populaire de la littérature haïtienne

NM

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Nadève Ménard : Université d'État d'Haïti

Résumé de la communication

La richesse de la littérature haïtienne est largement reconnue. Cependant, souvent elle est évoquée en opposition au faible taux d’alphabétisation de la population générale ou au nombre restreint de francophones au sein de la société. D’aucuns vont jusqu’à prétendre que la littérature haïtienne aurait pour public principal les lecteurs étrangers. Dans ma communication, je propose de développer l’appropriation populaire du corpus littéraire haïtien. Les textes de ce corpus ne circulent pas seulement sous forme de livres, mais aussi comme textes lus à la radio, lors des soirées collectives ou sous forme de chansons. D’autres sont transformés en films, en dessins animés, en spectacles de danse ou en saynètes. Ces diverses formes permettent d’élargir le « lectorat » haïtien pour inclure plus de personnes, y compris celles n’ayant pas forcément la lecture comme habitude. Le fait de prendre en compte cette appropriation populaire de la littérature haïtienne devrait nous conduire à remettre en question l’idée de cette littérature comme étant essentiellement élitiste.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.

Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).

L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :

– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);

– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);

– Plurilinguismes et intertextualités;

– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;

– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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