Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Katia Bazile : Université de Versailles Paris Saclay ( UVSQ )
L’implication des femmes dans le secteur agroéconomique national est importante en Haïti. La participation des femmes à l’effort national pour lutter contre l’insécurité alimentaire est décliné sur la sphère productive (production des denrées et de bien, transformation, commercialisation) et reproductive non monétaire (soin aux membres de la famille). Cependant, rendre visible les engagements féminins dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle est un réel défi. De surcroît, elles sont principalement victimes de la guerre des gangs qui constitue un véritable frein à l’accès au marché urbain agricole car rien n’indique en apparence que les politiques publiques mettent en œuvre des pratiques de différenciation sexuée vecteur de discriminations par contre un espace urbain véhicule les normes dominantes, dont celle du genre. Pour mieux accompagner les initiatives communautaires, une vingtaine d’associations de femmes qui luttent à face à l'insécurité alimentaire, ont été consultées. Les résultats partiels ont déjà permis d’engager des réflexions qui tiennent compte des savoirs et pratiques des communautés locales dans l’agriculture et le commerce. Un nouveau programme assez révolutionnaire est en perspective : L’Ecoféminisme qui relie la question du rapport à la nature qu’on compte modifier, renverser, changer, arrêter même pour une meilleure sécurité alimentaire en Haïti avec l’implication des femmes.
Si l’écoféminisme gagne en popularité au sein des sciences sociales, peu de recherches en études urbaines présentent une telle perspective. Pourtant les propositions théoriques et analytiques des écoféminismes offrent des clés de lecture pertinentes afin de se pencher sur les enjeux urbains de notre siècle.
Plus qu’un simple mouvement de protection environnemental porté par des femmes, les écoféminismes recoupent une série de luttes, concepts, théories, éthiques et pratiques favorisant l’émancipation conjointe des femmes et de la nature de la domination masculine. Dans l’imaginaire collectif, l’écoféminisme est généralement associé à des mouvements de luttes socioterritoriales portées par des femmes racisées ou autochtones dans des zones d’extraction de ressources naturelles et où les violations de la Terre-Mère vont de pair avec des violences genrées. Peu d’attention est portée aux multiples manières dont les citadines ont des affiliations avec ces luttes et se mobilisent quotidiennement autour de revendications ou pratiques écoféministes.
Les écologies politiques urbaines ne se sont, quant à elles, que peu intéressées au genre. Insistant sur la ville comme espaces d’inégalités, elles ont laissé dans l’ombre l’agentivité des groupes marginalisés à s’approprier l’espace et à créer les leurs, ainsi que tout un pan des activités humaines relatif à la reproduction sociale, aux émotions et à la corporalité.
En valorisant une compréhension relationnelle de l’espace et encourageant l’adoption d’une approche intersectionnelle et multiscalaire, une perspective écoféministe des urbanités éclaire ces angles morts et ouvre la voie à l’enrichissement tant des théories que des recherches empiriques en milieu urbain. Se pencher sur les manières dont les écoféminismes nous révèlent et nous racontent une autre histoire de la ville, et de la toile de relations multiples et complexes qui s’y tissent au quotidien, s’avère dès lors non seulement intéressant, mais nécessaire.
Titre du colloque :